Histoire de l'ours en peluche : de Teddy Roosevelt au nounours d'aujourd'hui
Le nounours qui dort au pied du lit a une histoire étonnante, faite de chasse présidentielle, de dessin de presse et d'inventions parallèles sur deux continents. Retour sur l'histoire de l'ours en peluche, en séparant ce qu'on sait vraiment de ce qui relève de la légende.

Sommaire
- Un dessin de presse qui change tout
- Morris Michtom et le « Teddy's bear » de Brooklyn
- En Allemagne, Richard Steiff imagine un ours articulé
- Alors, qui a inventé l'ours en peluche ?
- Du museau pointu à la bouille ronde : le nounours change de visage
- De Winnie à Nounours : l'ours entre dans la culture
- Après plus d'un siècle d'histoire, quel ours en peluche choisir ?
- Le matériel utile
- Questions fréquentes
Mississippi, novembre 1902. Theodore Roosevelt, président des États-Unis et chasseur passionné, participe à une partie de chasse à l'ours qui tourne au fiasco : les jours passent et le gibier ne se montre pas. Pour ne pas laisser l'illustre invité rentrer bredouille, ses accompagnateurs finissent par acculer un ours noir et l'attacher à un arbre. On invite le président à tirer. Il refuse : abattre un animal ligoté n'a rien d'une chasse.
Cette scène, qui aurait pu rester une anecdote de voyage, marque le début de l'histoire de l'ours en peluche. En quelques mois, elle va inspirer un dessinateur de presse, un couple de commerçants de Brooklyn et, de l'autre côté de l'Atlantique, une fabrique de jouets du sud de l'Allemagne.
Un dessin de presse qui change tout
Deux jours plus tard, le Washington Post publie un dessin de Clifford Berryman montrant le président qui refuse de tirer sur l'ours attaché. Berryman reprend ensuite l'animal dans d'autres dessins, sous les traits d'un ourson rond et attendrissant, qui devient une sorte de mascotte associée à Roosevelt dans la presse.
Le public adore. Le président y gagne une image de chasseur loyal, et l'ours, jusque-là symbole de force sauvage, commence à devenir un personnage sympathique. Il ne manque plus que quelqu'un pour le fabriquer en tissu.
Morris Michtom et le « Teddy's bear » de Brooklyn
À Brooklyn, Morris Michtom tient une petite boutique de confiseries et de nouveautés avec sa femme, Rose. Selon l'histoire familiale, c'est elle qui coud un ours en peluche inspiré du dessin, que le couple expose en vitrine sous le nom de « Teddy's bear », l'ours de Teddy. Teddy est le diminutif de Theodore, un surnom que Roosevelt n'appréciait guère, dit-on.
La légende veut que Michtom ait écrit au président pour lui demander la permission d'utiliser son nom. La fameuse réponse n'a jamais été retrouvée, il faut donc prendre l'épisode avec prudence. Ce qui est sûr, c'est que les ours se vendent très bien et que Michtom fonde ensuite l'Ideal Novelty and Toy Company, qui deviendra un grand fabricant de jouets américain. Clin d'œil de l'histoire : c'est cette même société qui, bien plus tard, distribuera le Rubik's Cube.
En Allemagne, Richard Steiff imagine un ours articulé
À la même époque, à Giengen an der Brenz, l'entreprise de Margarete Steiff fabrique des animaux en feutre depuis 1880. Son neveu Richard Steiff, formé aux arts appliqués, conçoit un ours en peluche de mohair aux bras et aux jambes articulés. Le modèle, connu sous la référence 55 PB, est présenté à la foire du jouet de Leipzig en 1903.
D'après l'histoire de la marque, un acheteur américain en commande alors 3 000 exemplaires. L'ours Steiff traverse l'Atlantique, où l'engouement pour les « teddy bears » bat son plein. En 1904, la maison adopte le bouton dans l'oreille pour distinguer ses peluches des imitations, un détail qui aide encore aujourd'hui à reconnaître une Steiff. Pour la suite de l'aventure, notre page sur la marque Steiff prend le relais.
Alors, qui a inventé l'ours en peluche ?
Les deux, sans doute, chacun de son côté. Michtom aux États-Unis et Steiff en Allemagne travaillent au même moment, sans lien connu entre eux, et chacun a revendiqué la paternité de l'idée. Ce qui est certain, c'est que le nom vient bien de Roosevelt, et que l'épisode de 1902 a offert à ce nouveau jouet un formidable coup de projecteur.
Le nom « teddy bear » s'impose aux États-Unis dans les années qui suivent, puis voyage en Europe. En France, on dira plus volontiers nounours, un mot affectueux qui résume bien ce que l'ours est devenu : un compagnon, plus du tout un fauve.
Du museau pointu à la bouille ronde : le nounours change de visage
Posez côte à côte un ours de 1910 et un nounours d'aujourd'hui : on dirait deux espèces différentes. Les premiers ours imitaient l'animal réel, avec un long museau, une bosse sur le dos, de grands bras et des pieds allongés. Au fil des décennies, la tête s'arrondit, le museau raccourcit, les yeux grandissent. Dans les années 1980, des chercheurs britanniques en comportement animal ont même mesuré des ours de différentes époques et confirmé cette évolution vers une silhouette de plus en plus « bébé ».
| Époque | Allure | Matières courantes |
|---|---|---|
| Début du XXe siècle | Museau long, bosse, bras longs | Mohair, laine de bois, yeux en boutons de bottine ou en verre |
| Milieu du XXe siècle | Museau raccourci, membres plus trapus | Mohair, puis premières fibres synthétiques |
| Fin du XXe siècle à aujourd'hui | Tête ronde, grands yeux, corps souple | Polyester, ouate, yeux de sécurité ou brodés |
Ce changement n'est pas qu'esthétique. Les ours modernes sont plus légers, souvent lavables en machine, et pensés pour les tout-petits, avec des yeux brodés et des coutures renforcées. Les anciens, rembourrés de laine de bois qui crisse sous les doigts, étaient faits pour être admirés autant que câlinés. Les amateurs de charme rétro trouvent encore des ours en peluche au style ancien qui reprennent ces codes avec des matières actuelles.
De Winnie à Nounours : l'ours entre dans la culture
En 1926, l'écrivain britannique A. A. Milne publie les premières aventures de Winnie l'ourson, inspirées des jouets de son fils Christopher Robin, dont son ours en peluche. Le nom de Winnie vient en partie d'une ourse du zoo de Londres. Les jouets originaux sont aujourd'hui conservés à la bibliothèque publique de New York, et le personnage a fait la carrière qu'on connaît, jusqu'aux peluches Winnie l'ourson actuelles.
En France, toute une génération associe l'ours au gentil Nounours de « Bonne nuit les petits », l'émission de télévision lancée en 1962, qui descendait de son nuage pour souhaiter bonne nuit aux enfants. L'ours en peluche n'est plus seulement un jouet : il est devenu le symbole des câlins et du coucher.
Après plus d'un siècle d'histoire, quel ours en peluche choisir ?
Aujourd'hui, l'ours en peluche reste un cadeau de naissance classique, et beaucoup d'adultes gardent le leur toute leur vie. Pour retrouver le charme des premiers modèles, cherchez un ours en peluche articulé : ses bras et ses jambes pivotent comme ceux des ours de 1903. Des marques comme Histoire d'Ours proposent de leur côté des nounours tout doux pensés pour les enfants d'aujourd'hui, et un doudou ours fait un premier compagnon idéal pour un bébé.
Et si un vieil ours dort au grenier, avec une bosse sur le dos et un museau pointu, ne vous en séparez pas avant d'avoir lu notre guide sur la valeur d'une peluche ancienne. Il a peut-être plus d'histoire que vous ne le pensez.
Le matériel utile
L'ours articulé au style des premiers teddy bears
Pour qui : Les amoureux d'objets rétro et les adultes nostalgiques
Tête, bras et jambes qui pivotent, museau un peu allongé, pelage façon mohair : ces ours reprennent l'allure des modèles du début du XXe siècle. Ils se posent volontiers sur une étagère ou un fauteuil. Pour un enfant de moins de 3 ans, vérifiez l'âge indiqué, car les yeux sont parfois rapportés.
- Allure des ours d'antan
- Bel objet de décoration
- Moins souple pour les câlins
Le nounours classique tout doux de 30 à 40 cm
Pour qui : Un premier ours à câliner tous les jours
Le descendant moderne du teddy bear : tête ronde, corps souple, poil doux et yeux brodés sur les modèles pour tout-petits. C'est la taille idéale pour un enfant de maternelle, et la plupart passent en machine à 30 °C dans une taie d'oreiller.
- Taille polyvalente
- Souvent lavable en machine
Questions fréquentes
Pourquoi l'ours en peluche s'appelle-t-il teddy bear ?
Teddy est le diminutif de Theodore, le prénom du président américain Theodore Roosevelt. En 1902, il refuse de tirer sur un ours attaché lors d'une partie de chasse, et l'anecdote inspire les premiers ours en peluche vendus sous le nom de Teddy's bear.
Qui a fabriqué le premier ours en peluche ?
Deux candidats se partagent l'honneur : Morris Michtom à Brooklyn et la maison Steiff en Allemagne, avec l'ours conçu par Richard Steiff. Ils ont travaillé à la même époque, entre 1902 et 1903, sans lien connu entre eux, et personne ne peut trancher avec certitude.
Pourquoi les vieux ours en peluche ont-ils une bosse sur le dos ?
Les premiers fabricants s'inspiraient de l'allure des vrais ours, avec leur bosse au niveau des épaules, leur long museau et leurs grands bras. Au fil des décennies, les nounours ont pris des formes plus rondes et plus enfantines, et la bosse a disparu.
Winnie l'ourson était-il un vrai ours en peluche ?
Oui, en partie. A. A. Milne s'est inspiré des jouets de son fils Christopher Robin, dont son ours en peluche, et le nom Winnie vient d'une ourse du zoo de Londres. Les jouets originaux de l'enfant sont conservés à la bibliothèque publique de New York.
Un vieil ours en peluche peut-il valoir de l'argent ?
Certains, oui, surtout les ours anciens de grandes marques, en bon état et identifiables grâce à leurs étiquettes. La plupart des nounours de famille ont surtout une valeur sentimentale. Une maison de ventes spécialisée peut donner une première estimation sur photos.